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L'exposition
En s’appuyant sur ses collections uniques et sur de nombreux prêts exceptionnels, le musée offre une relecture inédite du mouvement à travers les regards et les trajectoires de ces créatrices qui ont su par une pratique plurielle (peinture, photographie, sculpture, dessin, écriture, cinéma) s’emparer des idées surréalistes pour explorer leur rapport au monde et à elles-mêmes. L’exposition révèle une constellation libre, qui continue de traverser le temps, et élargit ce faisant la lecture habituelle du surréalisme au-delà des limites d’un mouvement constitué.
Une lecture renouvelée et organique du surréalisme
Dès les années 1970, des chercheuses comme Gloria Orenstein et Whitney Chadwick ont mis en lumière l’invisibilisation des femmes dans l’histoire du surréalisme. Leurs travaux ont ouvert la voie à de nombreuses publications et expositions internationales. Après Surréalisme au féminin ? présentée au Musée de Montmartre en 2023, le projet imaginé par le Musée d’arts de Nantes apporte un jalon complémentaire à cette réécriture de l’histoire du surréalisme. L’exposition propose une lecture renouvelée en s’intéressant aux œuvres dans leur contexte social et historique, aux relations entre les artistes, ainsi qu’aux rapports que ces femmes entretiennent avec leur époque, de la critique à l’engagement politique. Le rôle clef des femmes « passeuses » (galeristes, mécènes, collectionneuses) dont l’appui matériel a rendu possible le développement des idées surréalistes, est évoqué. Cette approche organique, valorisant les interactions, les échanges et les réseaux plutôt que les simples juxtapositions, est le principe qui sous-tend l’exposition, se faisant le reflet de la constellation surréaliste elle-même.
Une approche élargie du surréalisme
L’exposition adopte une définition ouverte du surréalisme, entendu comme libération de l’inconscient par les moyens créatifs. Elle propose un parcours pluridisciplinaire (peinture, sculpture, photographie, dessin, écriture, cinéma) qui met en lumière des artistes parfois peu connues du public français, autour d’un corpus historique d’œuvres allant des années 1920 à 1960. L’exposition étudie la contribution des artistes femmes à l’imaginaire surréaliste. Elle s’attache inversement aux développements que les questionnements, les théories et les pratiques du surréalisme ont pu trouver et trouvent encore dans le travail d’artistes femmes. L’exposition présente en outre un ensemble d’œuvres contemporaines, depuis les années 1970 jusqu’à aujourd’hui, qui s’inscrivent dans l’héritage surréaliste et démontrent son extraordinaire pérennité.

Karine Rougier (née en 1982), Dans le bleu, 2015. Collection de l’artiste. © JcLett © Adagp, Paris, 2026
Le parcours de l’exposition se déploie en quatre sections :
1. Être à soi, le jeu des identités
Les artistes femmes associées au surréalisme montrent une prédilection particulière pour l’autoportrait. Souvent métaphorique, la représentation de soi cristallise pour elles la quête d’une identité artistique propre. Monstres, chimères, doubles inquiétants ou silhouettes androgynes participent d’une remise en question des codes de représentation de la femme. Les artistes, au premier rang desquelles Leonor Fini et Claude Cahun, jouent des images construites de la féminité pour les redistribuer ou les excéder avec une grande liberté.
2. La traversée des espaces
La traversée des espaces constitue un motif récurrent pour les artistes femmes associées au surréalisme. Leurs œuvres révèlent des horizons dépeuplés ou des dédales labyrinthiques déserts. Les espaces bien souvent se déforment, indifférents aux lois de la perspective ; des constructions inhabitables se dressent. L’espace et les formes qui l’habitent deviennent la métaphore de l’état intérieur de l’être confronté à la réalité du monde. De paysages impossibles, à l’image des environnements vides et inconfortables imaginés par Kay Sage, à la mise en scène d’environnements désolés, abandonnés ou mis à mal, ces œuvres sont autant de manière d’évoquer les violences d’un siècle chaotique.
3. Présences critiques, le corps en révolte
Les artistes femmes associées au surréalisme portent une attention au corps comme lieu de l’expérience. C’est par le corps physique que peut se percevoir le monde, c’est en lui que naissent les pulsions de l’inconscient. À travers la représentation du corps s’exprime encore la lutte de ces artistes contre une société qui tend à contraindre et limiter le destin des femmes. La représentation de corps déformés ou fragmentés permet de mettre à mal cet éternel féminin romantique auquel les artistes surréalistes hommes étaient si attachés. Les artistes combattent le stéréotype de la femme objet, modèle passif à la beauté plastique, et récusent encore les supposées vertus d’une vie domestique à laquelle les femmes seraient tenues.
4. Vers un éco-surréalisme ? Mythologies du vivant
Les formes de la nature sont au cœur du travail des artistes femmes associées au surréalisme. Polymorphe, la nature n’est plus un accessoire ou un décor. Les figures animales, humaines et végétales, les mondes célestes, terrestres et marins, s’entremêlent dans un désir d’union, symbole du cycle infini de la vie et de l’alchimie des éléments. Elles brouillent aussi les dualités admises entre la raison et le surnaturel, le féminin et le masculin, la sphère du « non-humain » et celle de l’humanité. Particulièrement inspirante pour les artistes d’aujourd’hui, cette démarche a pu être qualifiée d’« éco-surréalisme ».
Au sein du parcours, des focus présentent des éléments historiques contextuels. Ils mettent en valeur des figures emblématiques comme Claude Cahun, Leonor Fini, Toyen mais aussi des « passeuses » comme Peggy Guggenheim, Marie-Laure de Noailles ou Simone Kahn, sans qui le surréalisme n’aurait pas connu la même diffusion.
Carte blanche à Hélène Delprat
Fidèle à sa volonté de mettre en écho l’art du passé et la création contemporaine, le Musée d’arts de Nantes ouvre l’exposition à une quinzaine d’artistes d’aujourd’hui, avec Hélène Delprat comme figure centrale. Ouvert à des pratiques multiples — peinture, vidéo et performance —, le travail d’Hélène Delprat est marqué par l’invention, la mise en scène de soi et un humour teinté de gravité. Sensible aux références littéraires, théâtrales ou cinématographiques, l’artiste revendique une proximité avec l’œuvre et la pensée de Claude Cahun.
Hélène Delprat présente dans la chapelle de l’Oratoire Les (fausses) conférences, une œuvre vidéo et performative qui détourne les codes du discours savant et fait résonner l’esprit critique et l’absurde propres au surréalisme. Le musée lui propose en outre d’intervenir au sein de l’exposition Surréelles pour y prendre, littéralement, place. Hélène Delprat dessine au cœur du Patio un espace en forme d’étoile reliant les différentes sections du parcours. Elle recouvre ses parois de miroirs et place au centre un mannequin à son effigie posé sur un socle pivotant, proposant ainsi un prolongement en forme d’écho fragmenté du travail des artistes femmes unies dans la constellation surréaliste par une même
interrogation sur leur identité et par l’affirmation d’un « j’existe ».
Hélène Delprat (née en 1957), Les (fausses) conférences, 2017. Courtesy Hélène Delprat & Courtesy Galerie Christophe Gaillard & Hauser and Wirth. Photo : Marc Domage © Hélène Delprat, Adagp, Paris, 2026
Les collections nantaises mises en valeur
Nantes occupe une place singulière dans l’histoire du surréalisme : c’est dans cette ville qu’André Breton rencontre Jacques Vaché, dont l’esprit d’insoumission fut déterminant dans la genèse du mouvement. L’exposition rend hommage à ce terreau historique tout en l’éclairant d’un jour nouveau, à travers le prisme des artistes femmes. Détenteur de l’un des ensembles les plus importants autour de Claude Cahun et dépositaire d’une œuvre de Toyen, le Musée d’arts de Nantes a récemment enrichi ses collections avec des œuvres majeures de Meret Oppenheim, Leonor Fini, Jane Graverol, Dorothea Tanning et Jacqueline Lamba. Ces acquisitions forment le socle de l’exposition et dialogueront avec de nombreux prêts exceptionnels.

Jane Graverol (1905 – 1984), Le Bon bout de la raison, 1962. Nantes, Musée d’arts de Nantes © Musée d’arts de Nantes, photo. : C. Clos. © Adagp, Paris 2025
Commissariat général :
Katell Jaffrès, historienne de l’art, chargée d’exposition au Musée d’arts de Nantes.
Assistée de :
Marie Dupas, responsable de la collection Art contemporain au Musée d’arts de Nantes, pour l’invitation à Hélène Delprat, Amélie Adamo, historienne de l’art, pour le volet contemporain de l’exposition.
Idée et conception de l’exposition initiées par Claire Lebossé, aujourd’hui directrice du Musée des Beaux-arts de Caen.
Le Musée d’arts de Nantes remercie son mécène la Société Générale pour le soutien financier apporté à l’exposition, ainsi que le Fonds Métropolitain pour la Culture.
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Le musée remercie chaleureusement ses partenaires médias qui, par leur soutien, participent activement à la découverte de l’exposition par le public et la fréquentation de celle-ci.




