MUSÉE D'ART DE NANTES

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Charles Coypel

Paris, 1694 – id., 1752

Roland et le mariage d’Angélique ou Roland découvrant la perfidie d’Angélique

Carton de la Tenture des Fragments d’Opéra
1733
Huile sur toile
305 x 615 cm
Dépôt de l’État au musée
Inv. D.982.1.1.P

Le Sommeil de Renaud

Carton de la Tenture des Fragments d’Opéra
1733
Huile sur toile
328 x 630 cm
Dépôt de l’État au musée
Inv. 615 (D.872.1.2.P)

 

Coypel Les noces d'Angélique.jpgCes deux grands cartons et la tapisserie nous permettent d’évoquer l’une des commandes les plus importantes du peintre (et dramaturge à ses heures) Charles Coypel pour la manufacture des Gobelins, la Tenture des Fragments d’Opéra. Il s’inspire de tragédies lyriques de Philippe Quinault mises en musique par le compositeur Lully, Roland (créée en 1685) et Armide (créée en 1696), et rejouées de nombreuses fois au 18e siècle. On découvre ici Coypel proche de l’esprit de Watteau ou de Lancret : bergers d’opéra, grotte rocaille parée de guirlandes de fleurs, statue de Vénus à la coquille à la sensualité toute charnelle, putti virevoltants…

Coypel Le sommeil de Renaud.jpgDu poème chevaleresque de l’Arioste, composé au 16e siècle (1532), Quinault avait principalement retenu la composante amoureuse. Dans le tableau foisonnant de Roland, Coypel développe un moment clé de cette tragédie amoureuse. Ce sont des bergers qui content l’histoire à Roland, sans se douter que leur récit va le mener au désespoir. L’ensemble des personnages, comme une sorte de choeur, permet à Coypel de dilater la temporalité du tableau et de nous retracer toute la relation d’Angélique et Médor : les jeux amoureux avec les poses languides, puis leur serment gravé dans le tronc de l’arbre pour aboutir à leurs noces évoquées à l’arrière-plan par un gracieux ballet.

Le Sommeil de Renaud fut le dernier carton réalisé de la série ; il connut également un grand succès puisqu’il fut tissé une dizaine de fois. La jeune princesse et magicienne Armide, farouche ennemie des croisés chrétiens, avait permis la capture, voire la mort, de nombre d’entre eux, grâce à sa séduisante beauté. Or, le chevalier Renaud avait réussi à les délivrer provoquant la fureur de la magicienne qui, pour le tuer sans encombre, le plongea dans un profond sommeil grâce à un sortilège. L’expression des passions est au cœur de cette tragédie avec la figure centrale d’Armide dont la fureur meurtrière (sourcils froncés et poignard à la main) laisse place à la passion amoureuse (sourire esquissé, bras retombant mollement) lorsqu’elle découvre Renaud endormi. La langueur des divinités fluviales fait écho à celle des bergers du Roland, mais avec des accents plus rubéniens.

Adeline Collange-Perugi
Extrait du Guide des collections du Musée d'arts de Nantes

 

Domaine public - Crédit photographique : © Gérard Blot / RMN - Grand Palais des Champs Elysées

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