MUSÉE D'ART DE NANTES

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Paul BAUDRY

(La Roche-sur-Yon, 1828 - Paris, 1886)
 

Charlotte Corday

1860, huile sur toile, 203 × 154 cm

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Domaine public - © Gérard Blot/RMN

 

Ce tableau de Paul Baudry relate un événement historique : Charlotte Corday assassinant Jean-Paul Marat le soir du 13 juillet 1793. L'artiste choisit d'illustrer le moment qui succède au meurtre. Comme dans un huis-clos, Baudry réduit le cadrage de la composition pour plonger le spectateur au cœur de la scène. Charlotte Corday, grandeur nature, est figée près de la fenêtre, le regard dans le vague. Marat, de l'autre côté, gît la tête en arrière dans sa baignoire, le couteau encore planté en pleine poitrine. La vue plongeante et le raccourci accentuent le côté dramatique. Entre les deux personnages, les objets témoignent de la brutalité de la scène : chaise renversée, papiers volants et chapeau au sol.

Pour reconstituer cette scène, Baudry a étudié avec minutie l'événement relaté dans la presse et les textes de l'historien Jules Michelet, notamment Les femmes de la Révolution, publié en 1855 : « Elle tira de dessous son fichu le couteau et le plongea tout entier jusqu'au manche dans la poitrine de Marat. « A moi, ma chère amie ». A ce cri, on accourt et on aperçoit près de la fenêtre Charlotte debout et comme pétrifiée ». L'artiste représente également des éléments mentionnés dans les comptes-rendus comme les livres sur l'étagère ou le billot sur la baignoire. Il inclut également dans sa composition un élément inattendu : une ancienne carte de France. Pour plus de réalisme, il indique sur cette dernière le lieu et la date de l'impression : 1792. Cependant, le découpage proposé ne correspond pas à cette date. La France, depuis le décret de 1790, est composé de 83 départements. Pour le critique Maxime Du Camp cet objet n'aurait jamais pu se trouver chez Marat « Une carte réactionnaire, monarchique, liberticide, chez Marat, c'est peu le connaître, il eût dénoncé le détenteur d'une carte pareille... ».

Pour exécuter les personnages, Baudry s'inspire de deux tableaux : Marat assassiné réalisé en 1793 par Jacques-Louis David, présenté aux musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, et le Portrait de Charlotte Corday peint par Jean-Jacques Hauer en 1793 et conservé au musée de Versailles. Certains critiques du Salon de 1861 reprochent à Baudry cette pâle imitation de David et le manque de réalisme de Charlotte Corday.

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