MUSÉE D'ART DE NANTES

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Georges de La Tour

(Vic-sur-Seille, 1593 - Lunéville, 1652)
 

Le Vielleur
dit aussi Le Vielleur au chapeau
dit aussi Le Vielleur à la mouche

1ère moitié du 17e siècle, huile sur toile, 162 × 105 cm.

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Domaine public - © Gérard Blot/RMN

 

Ce tableau est l'un des trois chefs-d’œuvre de Georges de La Tour que possède le Musée d'arts de Nantes. Longtemps attribué aux artistes espagnols Diego Vélasquez et Bartolomé Murillo en raison de son réalisme « d'une ignoble et effroyable vérité », d'après Stendhal dans ses Mémoires d'un touriste de 1838, la toile est finalement rendue à l'artiste en 1923. Elle représente un homme jouant de la vielle, un sujet récurent dans l’œuvre du peintre.

Assis sur un bloc de pierre, probablement dans une ruelle sombre, le musicien au visage grimaçant porte un costume d'une rare élégance. Le fond neutre et l'absence de décor font ressortir chaque détail de son vêtement : le haut-de-chausse en velours rose-orangé recouvert de trois bandes de galon doré, les bas blancs soigneusement tirés et retenus par des rubans, les chaussures aux lacets rouges, dont l'un est défait, la grande cape verdâtre qui recouvre l'ensemble de son corps, le col blanc tuyauté. Les tonalités sombres du tableau ne sont relevées que par le rouge vif du chapeau en feutrine posé sur le sol, au premier plan. Mais cette élégance n'est qu'apparente. Ses vêtements sont usés, par endroit déchirés et reprisés, parfois sales.

Ce musicien n'est pas un courtisan. Une attention toute particulière est accordée à l’instrument de musique. De grande dimension, il occupe la partie centrale du tableau. Il s'agit d'une vielle à manivelle, l'instrument traditionnel des chanteurs de rue au 17e siècle en Lorraine. Ces musiciens sont souvent aveugles, ce qui expliquerait les yeux clos. Georges de La Tour restitue ici de façon remarquable la manipulation de cet objet précieux. Le vielleur tourne la manivelle de la main droite pour entraîner la roue qui frotte les cordes, pendant que sa main gauche actionne les touches du clavier.

Sous la vielle à gauche, une tache noire apparaît. Il s'agit d'une mouche, imperceptible au premier coup d’œil. La présence de l'insecte est symbolique, comme souvent à l'époque. Elle évoque à la fois l'instrument, dont la corde principale s'appelle la mouche, et la condition sociale du personnage. Ni signé, ni daté, ce tableau a probablement été réalisé dans les années 1630 alors que le peintre traduit magnifiquement sa profonde humanité, entre douleur, dignité et décadence.

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