Depuis de nombreuses années, le musée travaille en collaboration avec le service culturel de la Ligue de l’Enseignement Pays de la Loire, qui coordonne l’activité culturelle au sein du Centre Pénitentiaire. Ce partenariat permet aux personnes détenues de garder un lien avec l’actualité culturelle du musée et, plus généralement, avec l’univers artistique.
À l’occasion de l’exposition Sous la pluie. Peindre, vivre et rêver, le musée a invité l’écrivain Mathieu Simonet en résidence de création. Il a mené divers ateliers d’écriture dont certains en prison. L’occasion, pour 12 personnes détenues, de porter un regard intime et personnel sur les œuvres de la collection du musée.
Un Parcours nuages dans les collections
Au cours du mois de novembre 2025, un groupe de personnes détenues au Centre pénitentiaire de Nantes a été invité à sélectionner des œuvres de la collection permanente du Musée d’arts et à s’en inspirer pour rédiger de courts textes. Ceux-ci, signés sous des noms d’emprunt, sont le résultat d’ateliers d’écriture menés par l’écrivain Mathieu Simonet. Vingt cartels ponctuent désormais le parcours des collections autour du thème des nuages dans la peinture. Ils resteront visibles jusqu’au 29 mars 2026, date de la prochaine Journée internationale des nuages.

Orazio Gentileschi, Diane chasseresse, 17e siècle
Salle 2 :
Orazio GENTILESCHI
Pise, 1563 – Londres, 1639
Diane chasseresse
Avant 1631
Huile sur toile
Commandé en 1630 par Roger du Plessis de Liancourt, duc de La Roche-Guyon
Première partie de chasse avec mon père. J’ai une dizaine d’années.
Nous nous sommes levés aux aurores pour aller marcher en forêt.
Ce n’est pas la chasse mais ce moment père-fils qui importe.
SEBYLIB RT
Simon DE VLIEGER, Marine, Sans date
Salle 2 :
Simon DE VLIEGER
Rotterdam (Pays-Bas), 1601 – Weesp (Pays-Bas), 1653
Marine
Sans date
Huile sur bois
J’avais 12 ans. En vacances à Pordic. Sur cette plage de galets, entourée de grandes falaises pierreuses, hautes et grises sur lesquelles la végétation pousse avec difficulté, je me sens tout minuscule. D’affreux nuages noirs recouvrent le ciel, plongeant dans une obscurité effrayante cette fin de journée d’été. Le vent souffle, souffle, souffle si fort que j’ai l’impression qu’il va me décoller du sol. Les vagues sont déchaînées et s’écrasent sur les galets dans un vacarme assourdissant. Mais malgré cette vision apocalyptique, bien que la puissance de la nature me fasse ressentir ma fragilité, je me sens à ma place dans l’univers.
SEBYLIB RT

Simon Vouet, Saint Eustache et sa famille portés au ciel, dit L’Apothéose de saint Eustache et de sa famille, vers 1634-1637.
Salle 6 :
Simon VOUET
Paris, 1590 – Paris, 1649
L’Apothéose de saint Eustache et de sa famille
Vers 1635
Huile sur toile
Je vois le ciel avec des gens et des garçons.
Il y a contact entre eux. Je pense tremblement de terre.
Qui demande
Dahou

Charles Coypel, Le Sommeil de Renaud, 1741.
Salle 7 :
Charles COYPEL
Paris, 1694 – Paris, 1752
Le sommeil de Renaud
Vers 1741
Huile sur toile
Ce tableau représente les créatures de Dieu.
Elles n’ont pas de soucis. Elles sont dans la joie. Elles s’amusent.
Je suis très croyant. J’écoute souvent des cantiques.
Je regarde des films sur Dieu.
Noé C.
Giovanni Paolo PANNINI, Prédication d’une sibylle, 18e siècle
Salle 8 :
Giovanni Paolo PANNINI
Plaisance, 1691- Rome, 1765
Prédication d’une sibylle
18e siècle
Huile sur toile
Je suis né à Nice.
En 2014, il y a eu des inondations dans ma ville. J’avais 21 ans.
Les voitures et les arbres se sont fait emporter.
Les maisons étaient remplies d’eau.
Guillaume L.
Jean-François SABLET, Vue de la campagne romaine du côté de la voie Appienne, dit aussi « Vue de Tivoli », 1803-1804 ?
Salle 8 :
Jean-François SABLET
Morges, 1735 – Nantes, 1819
Vue de la campagne romaine du côté de la voie Appienne dit aussi « Vue de Tivoli »
1803-1804 ?
Huile sur toile
Ce tableau m’évoque la sérénité. La joie de vivre.
Il y a deux ans, j’habitais à Perpignan. J’allais souvent en Espagne, à dix minutes en voiture. Je montais en haut des montagnes pour contempler des paysages comme celui-ci. C’est beau. C’est magnifique. Je me vois à travers. Si je pouvais me projeter dans l’image, ce serait bien.
Corantin D.
Félix THOMAS, Bords du Tibre, vers 1864
Salle 10 :
Félix THOMAS
Nantes, 1815 – Nantes, 1875
Bords du Tibre
vers 1864
Huile sur toile
Ça me fait penser quand j’allais pêcher, en rivière. Et aussi, quand j’allais en vacances, à la montagne. C’est un paysage avec une ferme où l’on peut mettre plein d’animaux.
J’aime me promener au bord des rivières et faire un pique-nique avec ma femme et mes enfants.
Ce paysage me fait penser à tout cela.
J’aime être seul pour prier. Le bateau et le pêcheur me font penser au Seigneur quand il dit : « Jetez ce filet ; vous aurez des poissons en abondance. »
Noé C.
Edouard DEBAT-PONSAN, Coin de vignes, Languedoc, 1886
Salle 14 :
Edouard DEBAT-PONSAN
Toulouse, 1847 – Paris, 1913
Coin de vignes, Languedoc
1886
Huile sur toile
Souvenir de Cognac (Charente)
Je me remémore le paysage du vignoble charentais. Invité par la maison H., à l’occasion de la remise de cadeaux aux meilleurs débiteurs de boissons. Avant d’arriver au château de la famille, nous avons eu à visiter les vignes, la fabrique de tonneaux et la mise en cuve du vin. Voir ces hommes et femmes récolter le raisin sous un soleil de plomb, le teint halé, la mine réjouie, malgré ce dur labeur… ce qui m’a le plus marqué, c’est de constater la bonne humeur et la bienveillance qui caractérise bien le vivre ensemble charentais.
Jessy
Hugo-Frédérick SALMSON, La Petite Glaneuse, 1884
Salle 14 :
Hugo-Frédérick SALMSON
Stockholm, 1843 – Lund, 1894
La Petite Glaneuse
1884
Huile sur toile
Jeune fille triste qui est pensive.
Elle pense peut-être à son avenir. Ce n’est pas son truc de cueillir du blé. Ses bras sont un peu voûtés.
Elle ne va pas cueillir du blé toute sa vie. Car, comme chacun d’entre nous, elle rêve d’autre chose.
Corantin D.
ANONYME, Portrait de Théophile et Félicité Fernig, 19e siècle
Salle 15 :
ANONYME
Portrait de Théophile et Félicité Fernig
19e siècle
Huile sur toile
Ciel bleu avec des nuages.
Blanc avec dégradé de couleurs. Ça montre les changements du temps.
Deux guerriers en uniforme noir. Des yeux fixés vers le ciel pour montrer qu’ils sont prêts pour le combat.
Louay
Joan MITCHELL, No Daisies [Pas de marguerites], 1980
Salle 15 :
Joan MITCHELL
Chicago (États-Unis), 1925 – Paris, 1992
No Daisies [Pas de marguerites]
1980
Huile sur toile
J’avais 20 ans. Un jour, en cellule, la pluie tape tellement. Inondation partout.
J’aurais aussi pu écrire : 21 ans, 22 ans, 23 ans, 24 ans, 25 ans (bientôt).
Yassine Tehna
Pierre BOYER, Le soir : Forêt de Paimpont , Vers 1905
Salle 16 :
Pierre BOYER
Paris, 1805 – Ben Aiech (Tunisie), 1933
Le soir : Forêt de Paimpont
Vers 1905
Huile sur carton
Regarder ce tableau me fait sentir que je suis dehors devant un lac.
Et ça me fait sortir de la prison.
Moha
Marie Guillaume Charles LE ROUX, Bords de la Loire au printemps, au moment de la pleine mer, effet d’orage, 1857
Salle 17 :
Marie Guillaume Charles LE ROUX
Nantes, 1814 – Nantes, 1895
Bords de la Loire au printemps, au moment de la pleine mer, effet d’orage
1857
Huile sur toile
Ce tableau m’a fait penser aux pirates.
J’avais 5/6 ans. C’était pour mon anniversaire. J’étais avec mes parents. C’était la première fois que je montais sur un bateau.
J’ai eu le mal de mer.
Guillaume L.
Pierre SOULAGES, Peinture 92 x 73 cm, 13 juin 1950, 1950. © Adagp, Paris
Salle 17 :
Pierre SOULAGES
Rodez, 1919
Peinture 92 x 73 cm, 13 juin 1950
1950
Huile sur toile
J’avais 10 ans. C’était une sombre nuit. Je regardais dehors par la fenêtre. C’était une nuit tempétueuse, avec beaucoup de pluie, de vent et d’orage. Le tonnerre grondait et une lumière aveuglante se réfléchissait sur le cocotier à proximité de ma fenêtre. La forte pluie et le vent violent poussaient l’arbre avec ardeur. Mais, étonnamment, un corbeau se cramponnait à la branche de l’arbre, juste à côté de son nid.
Une grande détermination et du courage sont tout ce dont on a besoin pour surpasser les temps difficiles. Le matin suivant, quand la pluie avait cessé, un soleil radieux fit son apparition et j’ai regardé l’arbre. Le nid du corbeau était là, tout comme le corbeau et ses petits. Preuve que la vie continue.
Kamal
Ludwig CYLKOW, La Baie d’Audierne le soir, 1920
Salle 18 :
Ludwig CYLKOW
Varsovie (Pologne), 1880 – Paris, 1940
La Baie d’Audierne le soir
1920
Huile sur toile
Cette image me rappelle le Sénégal pendant mon enfance. Juste avant l’orage, pendant la saison des pluies. J’y allais toujours à cette période pendant les vacances scolaires. J’avais 8 ans la première fois. Avant cela, je n’avais jamais vu des nuages aussi proches de la terre et une telle intensité d’eau tombée en si peu de temps. Ce qui me surprenait le plus, c’est la chaleur avant, pendant et après la pluie.
Anonymous
Camille PISSARRO, Chemin montant à Osny (Val d’Oise), 1883
Salle 19 :
Camille PISSARRO
Charlotte-Amélie (États-Unis), 1830 – Paris, 1903
Chemin montant à Osny (Val d’Oise)
1883
Huile sur toile
J’avais 14 ans. C’était la fête de l’Aïd. On va égorger les moutons. On part vers les champs. Il y a de la pluie. Elle descend avec la terre. C’est la meilleure odeur au monde. Jusqu’à aujourd’hui, cette odeur ne part pas. Mélange de terre et de pluie.
Mohamed
Émile BERNARD, Nus dans un paysage, 1890
Salle 19 :
Émile BERNARD
Lille, 1868 – Paris, 1941
Nus dans un paysage
1890
Huile sur toile
J’ai déjà plongé tout nu.
J’ai une certaine pudeur.
Je ne suis pas naturiste mais j’aime bien la nature.
Anonymous
Albert MARQUET, La Seine à Paris, Sans date
Salle 19 :
Albert MARQUET
Bordeaux, 1875 – Paris, 1947
La Seine à Paris
Sans date
Huile sur toile
J’avais 15 ans. J’étais à la fenêtre. Pas moyen de sortir. Il y avait une pluie diluvienne. Les arbres bougeaient dans tous les sens.
Corantin D.
Marc CHAGALL, Obsession, 1943
Salle 23 :
Marc CHAGALL
Vitebsk, 1887 – Saint-Paul de Vence, 1985
Obsession
1943
Huile sur toile
Le nuage infini. Nous sommes bloqués dans un cadre temporel. Un feu d’espoir fait rage depuis l’autre rive. La volonté de s’échapper mais rien ne bouge. Ce que l’on voit, c’est seulement une illusion, créée par nos propres pensées.
Kamal
Jesús Rafael SOTO, Sans titre, 1971
Salle 25 :
Jesús Rafael SOTO
Ciudad Bolivar (Venezuela), 1923 – Paris, 2005
Sans titre
1971
Huile et encre de Chine sur bois, tiges de métal et fils de nylon
J’ai jamais fait attention à la pluie jusqu’à mes 29 ans. Quand j’ai regardé la pluie par ma fenêtre de cellule.
J’aurais aimé être trempé, en dessous, et pas à l’abri, enfermé.
Louay
Ce projet a été mené par le service culturel de la Ligue de l’Enseignement des Pays de la Loire et le Service des publics du Musée d’arts de Nantes, dans le cadre de l’exposition Sous la pluie, Peindre, vivre et rêver (7 novembre 2025 – 1er mars 2026).
Ce projet s’inscrit dans la programmation culturelle du SPIP de Loire-Atlantique, en lien avec le Centre Pénitentiaire de Nantes.
Ce projet est soutenu par le Ministère de la Culture – Direction régionale des affaires culturelles des Pays de la Loire et par le Ministère de la Justice – Direction interrégionale des services pénitentiaires de Bretagne, Normandie et Pays de la Loire/SPIP Loire-Atlantique, dans le cadre de la convention régionale Culture/Justice.